La crise politique en Allemagne

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©REUTERS/AXEL SCHMIDT

Score moins haut que prévu aux élections législatives de septembre 2017 pour la CDU-CSU, échec de la coalition Jamaïcaine[1], exercice solitaire du ministre de l’agriculture lors du vote pour le renouvellement du glyphosate, l’Allemagne piétine. Quelles sont les conséquences pour le pays ? Quelles implications pour la relance du projet européen ?

Des élections législatives manquées :

Les élections législatives du 24 septembre 2017 ont permis l’entrée au Bundestag de l’extrême droite (AFD) avec 12,6% des voix. La CDU-CSU perd 65 sièges, la chancelière est donc sortie affaiblie de ces élections. Parallèlement, les sociaux-démocrates (SPD) font face à un score historiquement bas et envisagent de changer leur approche vis à vis de la CDU-CSU. Ils ont craignaient que la participation à une nouvelle grande coalition (GroKo pour Grosse Koalition) leur fasse perdre de nouvelles voix et que les électeurs peinent de nouveau à identifier les différences entre SPD et CDUSi. La chancelière aurait pu redresser la situation par la mise en place d’une coalition grâce à son talent du compromis. Cette fois, la magie n’a pas opéré, et l’Allemagne entre dans une période de crise politique profonde.

 

La coalition Jamaïcaine ratée :

Pour la première fois depuis la fondation de la République Fédérale d’Allemagne, en 1949, il n’y a pas de majorité suffisante pour gouverner le pays. Le dimanche 19 novembre 2017, les négociations dans le cadre de la formation d’une coalition de gouvernement avec les Verts et les libéraux du FDP ont été arrêtées. Les questions migratoires, environnementales et européennes sont les principaux points sur lesquels les représentants des trois partis n’ont pas réussi à s’entendre. Depuis sa défaite aux élections législative, le SPD était fermement décidé à ne pas jouer le rôle de premier plan car à long terme, former des coalitions avec la CDU-CSU affaiblirait le parti et son identité. Mais pour éviter à l’Allemagne de plonger dans une profonde crise politique, mais aussi pour éviter de nouvelles élections, le SPD envisage de négocier une grande coalition avec la chancelière et tente de retrouver un rôle de premier plan. Le SPD risque néanmoins de négocier au prix fort son retour à la table des négociations, d’autant plus que le revirement opéré par le ministre de l’agriculture, place Angela Merkel dans une position délicate.

 

L’Allemagne en pilotage automatique :

Contre toute attente, le ministre de l’agriculture allemand, Christian Schmidt (CSU) a voté le 27 novembre 2017 la réautorisation pour cinq ans du glyphosate en Europe.

Ce revirement de la position allemande est symptomatique des maux qui touchent l’Allemagne. Malgré l’avis opposé de la ministre de l’environnement (sociale-démocrate) Barbara Hendricks, et sans en avertir Angela Merkel, le ministre de l’agriculture a voté, au nom de l’Allemagne, la réautorisation du pesticide tant controversé.

Il semblerait que les prochaines élections régionales en Bavière et les puissants lobbys agricoles de la région natale du ministre Christian Schmidt, l’aient finalement décidé à voter pour le renouvellement pour cinq ans de l’autorisation du glyphosate en Europe. Cet exercice solitaire du ministre semble donc motivé par des enjeux de politique intérieure. L’Allemagne paraît donc être sur pilotage automatique pendant cette période de crise politique.

Cette prise de position individuelle risque d’avoir par la suite des conséquences dans les futures négociations avec le SPD. A l’issue de leur Congrès, les sociaux-démocrates ont certes finalement accepté la possibilité de négocier avec Angela Merkel pour sortir l’Allemagne de cette période d’instabilité, mais les négociations risquent d’être difficiles. En plus du contexte difficile pour la chancelière, la décision du ministre de l’agriculture n’arrange rien, Angela Merkel se trouve dans une position de faiblesse dans les probables négociations avec le SPD, elle ne serait plus en mesure d’imposer ses conditions

Cette période de crise politique en Allemagne, qui fait suite aux élections législatives ratées et à l’échec de la coalition Jamaïcaine, n’est pas de bon augure pour la relance du projet européen.

 

La relance du projet européen menacé :

Depuis 10 ans, l’Union Européenne est embourbée dans des crises successives, la crise de l’euro, la crise des dettes souveraines, les vagues migratoires et le brexit. Mais après les victoires électorales des partis centristes et pro-européens aux Pays-Bas et en France, le projet européen semblait enfin sortir de cette période de léthargie. C’était sans compter sur la crise politique qui traverse l’Allemagne aujourd’hui. Pays qui incarnait le pôle de stabilité au sein de l’Union Européenne, jusqu’aux élections législatives de septembre 2017. On peut aussi noter que Jean-Claude Junker a fait des annonces éloignées de ce qu’attendait Emmanuel Macron pour l’avenir de l’Union Européenne, en pensant que la coalition Jamaïque allait être formée.

Au-delà des enjeux de politique intérieure en Allemagne, les dirigeants politiques Allemands doivent prendre conscience que leur pays joue un rôle majeur, avec la France, dans la relance du projet européen. La mise en place d’une grande coalition de gouvernement entre la CDU-CSU et le SPD semble à court terme être la solution. Néanmoins, la relance du projet européen n’apparaît pas comme une priorité, car on constate une grande hésitation pour aller dans le sens d’une grande coalition gouvernementale.

 

Les hésitations d’une grande coalition :

Il semblerait que l’idée d’une grande coalition soit plus complexe qu’il n’y parait. Pour les sociaux-démocrates, Martin Schulz doit se prêter à un exercice d’équilibriste, en se montrant ferme sur la forme et relativement ouvert sur le fond. L’objectif étant de ne pas braquer les opposants, au sein de la CDU-CSU, à l’idée d’une grande coalition en vue de potentielles négociations. Mais l’ancien président du parlement européen doit aussi faire face aux divisions internes au SPD car la stabilité affichée à court terme d’une grande coalition peut sembler bénéfique pour le pays mais il semblerait qu’à long terme elle provoque la montée de l’extrême droite. De fait, la stabilité à court terme ne serait plus garantie à long terme.

La grande coalition semble pour le moment s’imposer comme “la” solution à la crise politique en Allemagne. Jusque-là Angela Merkel refuse de former un gouvernement minoritaire.

 

Un nouvel horizon pour l’Allemagne :

La situation de crise pourrait néanmoins devenir un simple souvenir si une grande coalition de gouvernement se forme dans les prochaines semaines avec le SPD. Cette période aura néanmoins fait apparaître un rôle nouveau pour le président de la République Fédérale d’Allemagne. L’homme qui, jusque-là, coupait des rubans et prononçait des discours, se positionne aujourd’hui en arbitre qui siffle la fin du match. En effet, pour lui la recréation est terminée, il encourage les différents partis à prendre leurs responsabilités pour former une nouvelle grande coalition gouvernementale. L’Allemagne a donc la possibilité de sortir de la crise sans emporter le projet européen et sans passer par la case élections anticipées ou gouvernement minoritaire. Les femmes et les hommes politiques Allemands vont-ils prendre leurs responsabilités ?

[1] Coalition de gouvernement aux couleurs du drapeau jamaïcain : noir pour les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU, jaune pour le Parti libéral-démocrate (FDP) et vert pour les écologistes

 

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