UN DOCTORAT EN SCIENCE POLITIQUE

Parce que la formation ne s’arrête pas au Master 2, nous vous donnons ici quelques clefs pour appréhender la poursuite de vos études vers un doctorat.

La formation doctorale n’est destinée, il faut bien l’admettre, qu’à un petit nombre d’étudiants poussés vers la recherche. Nous avons demandé à certains d’entre eux de nous délivrer leur ressenti et leur expérience de jeunes doctorants pour donner vie à cette formation peu connue et comprise des étudiants de cycles inférieurs.

En quoi consiste le doctorat ? Pourquoi faire un doctorat ? A quoi s’attendre ? Ils tentent de répondre pour nous à ces questions !

 

Témoignage de Louise Dalibert, jeune doctorante en Science politique à l’Université de Nantes
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Après son bac ES, Louise a suivi une Licence d’Histoire à l’Université de Nantes, avant d’intégrer le Master de Science Po et d’entamer sa thèse sous la direction d’Arnauld Leclerc et Xavier Crettiez.


  • Pourquoi as-tu décidé de poursuivre ton parcours par un doctorat ?

Au risque de décevoir, ce n’était pas véritablement une vocation de longue date ! C’est au cours de l’année de Master 2, à la période où il faut réfléchir à « l’après », à un projet professionnel que cela s’est dessiné. J’avais effectué un stage de collaboratrice d’élus à la fin du Master 1, une expérience qui m’a beaucoup plu, cependant cela ne me correspondait que partiellement. J’avais toujours tendance à vouloir analyser les idées et les thématiques de fond en comble, ce qui n’était pas forcément le travail demandé ! Finalement, je me suis simplement rendue compte que l’exercice que constitue le travail de recherche me passionnait, alors pourquoi m’arrêter à la fin du Master 2 ?

  • Que peut, selon toi, t’apporter une telle formation par la recherche ?

Je ne suis qu’au début du chantier que représente la thèse c’est pourquoi il m’est difficile de répondre de manière assurée à cette question. Ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que l’on acquière une grande autonomie de travail et d’organisation. Pour le moment, je lis beaucoup de travaux, alors je dirais que cela est assez grisant intellectuellement, d’avoir ce temps de lire et d’approfondir réellement des questions là où le « timing » des études supérieures est parfois frustrant et nous laisse souvent sur notre fin. Il me semble que c’est une aventure très émancipatrice en réalité, qui nous fait apprendre de nous même en plus de notre sujet. Encore une fois, je n’en suis qu’au début, je tiendrais peut-être un tout autre discours dans quelques mois !

  • Comment vois-tu le « après doctorat » ?

Peut-être à tort, mais j’ai toujours pris les étapes les unes après les autres. Alors, concrètement je ne me « vois » pas du tout encore après le doctorat (rires).

  • Quelle est la journée type d’un jeune doctorant ?

J’ignore à quoi ressemble celle des autres, mais pour ma part, je me lève tôt (je suis une matinale !) et je passe ma journée chez moi, le nez sur mon ordinateur, à prendre des notes sur des ouvrages, et à travailler mon sujet. Cela ressemble assez, pour le moment, à ce que j’ai pu faire à la fin du Master 2, une fois que l’on se focalise sur son mémoire. Encore une fois, cela ne correspond qu’au démarrage de la thèse, ayant choisi un sujet de sociologie politique, cela me conduira ensuite à interroger des acteurs politiques. Il faut donc imaginer à l’avenir que de nombreux entretiens rythmeront mes journées, tout comme un travail plus archivistique sur des données statistiques. De plus, j’ai fait le choix pour cette première année de ne pas être chargée de TD pour pouvoir me consacrer uniquement au lancement de la machine (rires). Mais je côtoie d’autres doctorants pour qui s’ajoute la préparation des cours.

  • Quel sujet traiteras-tu pour les trois années à venir et comment l’as-tu choisi ?

L’intitulé « officiel » du sujet c’est « Les retraits de la vie politique. Recherche sur la professionnalisation politique ».

En fait, mon mémoire de Master 2 portait sur la décision d’un élu écologiste, Jean-Philippe Magnen, d’arrêter la vie politique. Ce travail de recherche m’a passionné et convaincu qu’il s’agissait d’une véritable question. C’est pourquoi plus couramment j’aime bien dire que mon sujet c’est : Pourquoi personne n’arrête la politique ?! Ou bien seulement lorsque l’on meurt, qu’on est malade, qu’on fait l’objet d’un scandale financier, judiciaire, ou qu’on rencontre des échecs à répétition (et encore!).

Je m’interroge donc sur les rétributions (c’est à dire à la fois les coûts et les gratifications) que procurent l’activité politique professionnelle. Pour le dire autrement, qu’est ce qui fait que les hommes politiques sont si attachés à leur(s) poste(s), et au pouvoir ?

En creux, il s’agit bien sûr de la question de la professionnalisation, de faire de la politique un « métier ». Ces questions ont souvent été abordées par l’entrée en politique, mais jamais, ou très peu, sous l’angle du retrait et de la « vie après la politique ». Que font les hommes politiques après leur carrière ? Lorsqu’ils ne sont pas morts en exercice, ou ne prennent pas leur retraite ? Il s’agit alors de mieux saisir ce singulier « métier politique » dans tout ce qu’il recouvre, de mettre en évidence ses logiques et ses contraintes.

Plus largement, ce sujet pose des questions démocratiques très actuelles : le statut de l’élu, le renouvellement et la diversité du personnel politique (étant donné le cumul des mandats, notamment dans le temps), ou bien les questions de dépendance et d’exercice du pouvoir…

  • Quelles sont les qualités qu’un étudiant doit avoir pour entamer une telle « aventure » ?

La question est difficile car je ne pense pas qu’il y ait nécessairement de profil type et, auquel cas, je serais très mal placée pour le définir ! Il faut à mon sens être avant tout passionné par ce que l’on fait, pour son sujet. Ensuite, cela nécessite, je crois, des qualités d’autonomie et d’organisation, mais également de bien se connaître, car concrètement, on est assez seul. Mais est-ce que ce sont des choses déterminantes ? Je n’en sais rien, je suis convaincue qu’elles s’acquièrent, et personnellement, je l’espère! (rires)